Fotolia@yodiyim
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Les rentes, moteur vers davantage d’inégalités

Dans son livre “La grande fracture” Joseph E. Stiglitz, prix Nobel d’économie analyse l’évolution de la société américaine vers de plus en plus d’inégalités non pas en termes morales ou éthiques, mais en termes économiques. La recherche de situations de rentes et l’acceptation souvent tacite de ces rentes par les sociétés est au coeur de son livre.

Il démontre que cette prison dorée qui est la cage de notre hamster existe parce que nous avons accepté un certain nombre de règles de fonctionnement. Cette acceptation n’est souvent pas consciente et ne correspond pas à une volonté, mais est le résultat d’une méconnaissance de quelques mécanismes de base et d’erreurs de réflexions.

Savez vous que depuis les années Reagan le revenu médian (50 % des famille en dessous et 50 % en dessus) aux États-Unis à baissé ? Ce qui démontre que les richesses sont aspirées du bas de la pyramide de la population vers son sommet et principalement vers le 1 % au détriment des 99%.

Savez vous que le 1 % peut s’offrir tout ce qu’il veut et il nous le fait savoir en nous montrant qu’il n’ a pas besoin de l’État et de ses nombreux services. La seule chose qui les intéresse, c’est que l’État les laisse tranquille, les laisse gérer leur richesse sans les en entraver.

Tendance perceptible en Suisse

Si vous vous intéressez aux prises de position d’économiesuisse vous pouvez parfaitement constater cet état de fait. Leurs appels et leurs engagements dans la vie politique en témoignent, pas de règles qui entravent la liberté de l’économie. Ici il s’agit encore d’ajouter que pour économiesuisse l’économie ce sont les entreprises, les dirigeants de ces entreprises et leurs actionnaires à l’exclusion des autres partenaires.

Prenons le cas des banques, UBS, Crédit Suisse, elles ont trempé jusqu’au cou dans la crise des subprimes. Elles ont aspiré des ressources financières considérables pour les injecter dans le casino des marchés financiers et des produits dérivés. Elles ont réussi à maintenir des salaires surfaits, des primes qui dépassent l’entendement et malgré la loi Minder, continuent à aspirer ces ressources vers la haut de la pyramide. Et non seulement des ressources financières, mais aussi des talents à la recherche des meilleures rémunérations qui pourraient être mieux utilisés dans l’économie réelle.

Elles se sont battues avec acharnement avec les associations bancaire et économiesuisse pour s’éviter des règles dites trop contraignantes. Et en même temps on entend de plus en plus de patrons de PME se plaindre que les banques ne font plus leur travail qui consiste à offrir des ressources à l’économie réelle, celle qui crée de vraies valeurs, produits et services pour chacun et non pas uniquement pour les plus riches du haut des pyramides. C’est ce que Stiglitz appelle le 1%, par le 1% pour les 1%. Les taxes et le commissions surfaits des banques sont ces rentes de situation qui aspirent les richesses vers le haut de la pyramide et qui permettent ensuite de payer des salaires qui entretiennent le système.

Une autre machine à aspirer des ressources financières depuis le bas vers le haut est notre système de santé avec son caractère obligatoire de s’assurer. C’est un magnifique moyen pour les sociétés pharmaceutiques et autres prestataires de l’industrie de la maladie, respectivement de la santé, de s’enrichir outre mesure. Il suffit de voir comment ces sociétés se battent contre l’idée de remplacer leurs produits par des génériques bien plus accessibles aux populations. Les rentes de situation, les rentes de propriétés, voilà la clé. Et non pas le travail.

Vous l’avez peut-être compris, les 1 % et leurs associations, lobbyistes sont actifs et nouent leurs relations jusqu’au sommet de la pyramide, jusqu’au gouvernement et aux chambres. Avec leurs ressources financières ils peuvent fortement influencer les prises de décisions. Il suffit de voir qui sont les invités de nos politiciens qui ont accès au Palais Fédéral. Les acteurs qui cherchent à s’y opposer et qui sont obligés souvent de faire appel à des bénévoles n’ont que peu de prises et peu d’écoutes. Tout cela a pu être vérifié lors du sauvetage de nos banques et également lors de votes dans le domaine de la santé.

Démocratie en danger

Notre démocratie est aujourd’hui menacée par l’économie, les rentes et l’argent. Mais toutes les tentatives pour plus de transparence sont systématiquement écartées par les politiciens au pouvoir. L’inégalité qui sévit entre le haut de la pyramide par le système de rente est soigneusement préservée. Économie et politique sont au service du haut de la pyramide, et ceux-ci ont besoin des hamsters comme vous et moi pour tourner la roue. Ce n’est que de cette manière que l’aspiration vers le haut fonctionne.

Les entreprises sont systématiquement favorisé, toute réglementation est combattue avec l’argument de pertes de places de travail, de menaces de délocalisation. La peur de perdre notre cage d’orée, la peur de manquer est constamment utilisé avec des moyens financiers important pour nous rendre docile. Et même si cela ne marche pas, comme par exemple avec l’initiative Minder, les “élites” au service des 1 % s’ingénient à trouver des parades. Il faut éviter que l’aspirateur financier vers le haut ne se bloque.

De nombreux économistes soutiennent par leurs théories économiques ce mouvement. La doctrine du ruissellement vers le bas et de l’ascenseur social ne fonctionne plus. Les doctrines néo libérales si chères à certains parties et les mécanismes du marché qui réguleraient la répartition et l’allocation des ressources ne fonctionne plus, du moins plus de manière égalitaire pour tout le monde. Il suffit d’observer l’évolution de la pauvreté dans nos sociétés et comment sont traités aujourd’hui les questions du climat, de la protection de l’environnement, la culture et les biens communs comme l’eau, l’air.

Vous avez de la peine à croire ce que vous lisez, alors cherchez à savoir comment notre démocratie fonctionne ? Essayez de savoir comment les partis se financent, comment les campagnes pour les différentes votations et élections réunissent les budgets de campagne ? Comment nous négocions les traités commerciaux comme le TTIP ou l’accord commercial entre la Suisse et les USA.

Partout vous allez découvrir que le secret est de mise. La transparence n’est pas garantie. Le citoyen est exclu de ces tractations. Le 1% n’a pas intérêt à partager cela avec vous. Sa rente de situation le lui permet et le 99% l’accepte bien malgré lui.

Question qui se pose

Dans cette situation la question que nous devons nous poser : “Dans quelle société voulons nous vivre, une société de plus en plus inégalitaire ? Une société dans laquelle le 1 % aspire l’essentiel des richesses et condamne le 99 % à tourner la roue ?

Une société plus égalitaire est possible, mais nous devons le vouloir et apprendre à comprendre les mécanismes économiques et nous opposer à toute avancée qui refuse de distribuer les ressources équitablement à l’ensemble des citoyens.